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mercredi, 06 avril 2005

Monaco et la rue Popincourt en deuil

Ce matin, Rainier s'en est allé... Les Monégasques sont en deuil, mon frère également, lui le supporter devant l'éternel de l'Association Sportive de Monaco et amoureux de la Principauté ; au point qu'il ait demandé la nationalité monégasque.

"Mes premières pensées vont à Albert, Caroline et Stéphanie et à ses petits-enfants. Aujourd'hui, plus qu'un Prince, je perds un être cher. Je tiens à rendre dommage à un grand Homme. Son charisme nous manquera. Qu’il conserve dans la mémoire collective l’image d’un Homme ayant élevé la Principauté de Monaco au rang des plus grandes nations et l'Association Sportive de Monaco au cercle des plus grandes équipes européennes. Pour saluer sa mémoire, j'ai décider de cesser indéfiniment toute activité et de me rendre immédiatement à Monaco."

vendredi, 25 mars 2005

Lettre ouverte à mon frère

Mon frère envisage d'abandonner ses études d'économie et de finance, désespéré qu'il est par la morosité actuelle du marché.

Mon frère a toujours été l'économiste de la famille. A trois ans, alors que les autres enfants jouent encore au berceau, lui s'intéresse déjà aux privatisations du gouvernement Chirac (on était en 1986).

A l'âge de 10 ans, il présente à mon père un plan de rachat de notre maison familiale. La même année, il fait remarquer à ma mère que le modèle économique de notre famille n'est pas viable puisque "maman tu n'es pas source de revenus".

En 1995, il publie un livre blanc : "La Principauté de Monaco en tant que paradis fiscal : quels enjeux pour l'Association Sportive de Monaco ?"

Trois ans plus tard, de sa propre initiative, il adresse à Issop Ravate un rapport intitulé "Groupe Ravate, 1998-2018 : perspectives pour les vingt prochaines années", rapport qu'un membre de la famille Ravate a qualifié récemment de "document le plus visionnaire qu'il n'ait jamais lu". Ce document fait toujours référence au sein du groupe.

Début 2000, il est le premier à annoncer l'éclatement prochain de la bulle Internet : "Bulle là i sa pété mi di a zot les gars !! I sa pète dans la gueule ban gars là !!! I vo pas rien ban start-up là !!". Ca se passe sur la plage des Roches Noires après un retour de boîte vers les 5h du matin. Les circonstances de cette prévision font qu'elle n'a pas été crue. Mon frère avait pourtant raison encore une fois.

Pour toutes ces raisons j'ai décidé de lui écrire pour lui demander de revenir sur sa décision.

Que la paix, la santé, la prospérité, la joie de vivre soient sur toi.

Je t’écris en ces périodes troubles pour te conjurer te garder la foi en cette magnifique vision du monde qu’est le capitalisme libéral. Je connais tes aspirations et je te demande de ne pas les abandonner. Ne cède pas aux sirènes du désespoir, n’écoute pas toutes ces clameurs calomnieuses car le capitalisme ne renaîtra pas de ses cendres puisqu’il n’est pas mort.

Toutes les personnes qui aujourd’hui jettent aux nues la Bourse sont celles là même qui hier la vouaient aux gémonies. En réalité, je te le dis, ces gens là sont des hypocrites qui pervertissent le système et complotent pour sa perdition. Heureusement, il y a encore quelques rares hommes et femmes à braver l’adversité, et ce seront eux les bienheureux. Aie confiance en Alan Greenspan car c’est de là-bas que viendra le premier mouvement de reconquête et il en sera l’un des leaders. Aussi n’abandonne pas tes études de trader car la pseudo-crise actuelle ne durera que l’instant de la vie d’un papillon. Le système saura traquer les traîtres et les châtier.

Abandonne tes études d’économie pour l’informatique et tu te retrouveras dans trois ans à saisir la comptabilité chez Carrefour et deux plus tard, tu seras dans le meilleur des cas facteur comme Angelo Tiburce et dans le pire comme Olivier Besancenot.

En revanche en devenant trader, tu peux espérer au pire travailler chez Lazard et au mieux chez Goldmann Sachs. Alors à toi les joies de Londres ou de New York, les jeunes éphèbes et naïades, la richesse, le pouvoir, le luxe, la luxure, les voyages, les états de conscience modifiée, l’impunité, les tables réservées au Café del Mar ou à Fabric. A toi les week-end à Florence avec la top-model ou actrice du moment, trois pages par an dans Vanity Fair. Tu auras entre tes mains le pouvoir de faire travailler ou de licencier des milliers de personnes, le pouvoir de faire tomber des gouvernements et plein d’autres choses que j’oublie.

Voici les possibilités qui s’offrent à toi aujourd’hui. Entre une vie casanière sur un volcan au milieu de l’océan et des aller-retours en jet privé entre Paris, Tokyo, Londres, New York. Choisir la possibilité tu as.
Le pouvoir est entre tes mains, fais en bon usage.

En le capitalisme toujours tu croiras. Dans le marché, toujours la confiance tu auras. La mondialisation, à jamais tu promouvras.

Reshad, ton frère qui t'aime.

Le Port, le 25 mars 2005.